Les enfants qui vivent avec un parent atteint de maladie mentale

Par Jaimie Byrne

Souvent, lorsqu’un membre de la famille nous demande des conseils concernant la maladie mentale d’un proche, il désire trouver des solutions et des stratégies afin que le proche malade puisse accepter sa maladie, prenne la responsabilité de ses actes et accepte de se faire traiter. La vie de famille où la maladie mentale est présente peut devenir chaotique, désorganisée et remplie de tension. Souvent, une personne trouve très frustrant et pénible que son conjoint ou sa conjointe malade soit incapable de demander de l’aide et qu’en conséquenceil ou elle soit incapable de faire sa part dans les travaux ménagers, le soin des enfants, les activités familiales et les routines quotidiennes.

Les parents qui ont des enfants adultes atteints de maladie mentale continuent d’exercer leurs responsabilités parentales en leur fournissant gîte et nourriture, en les amenant aux rendez-vous médicaux, en s’occupant des petits-enfants et en donnant un support financier. Lorsque le milieu familial devient chaotique, nous pouvons quelques fois entrer dans un mode de survie et essayer de nous en tirer le mieux possible au jour le jour.

Souvent, nous essayons de cacher ce chaos aux enfants ; nous essayons de les mettre à l’abri du mieux que nous pouvons afin de les protéger. Malheureusement, les enfants aujourd’hui apprennent très vite et sont très intuitifs. Ainsi, il peut être difficile pour un parent ou les grands-parents de cacher la maladie mentale à l’enfant. Ceci n’est pas souhaitable, de toute manière.

Que faire alors ?

Comment pouvons-nous aider nos enfants afin qu’ils puissent faire face à la maladie mentale sans avoir à la cacher ?

Les difficultés pour les enfants

La plupart des enfants qui ont un parent atteint de maladie mentale trouvent difficile d’y faire face parce qu’ils n’ont ni la maturité ni les outils pour parer à certaines situations complexes.

Souvent les enfants :

• sont séparés à maintes reprises d’un parent qui doit être hospitalisé pour des traitements ou qui est incapable de manifester une attention continue.

• font face à des sentiments d’insécurité à cause de la relation instable avec le parent.

• ne reçoivent pas l’attention dont ils ont besoin.

• peuvent être maltraités et abusés.

• prennent le rôle de parent parce qu’ils doivent prendre soin du parent malade ou de frères et sœurs plus jeunes.

• éprouvent du souci, de la peur ou de la honte à cause de la maladie ou du comportement du parent malade.

• se font taquiner ou sont malmenés par d’autres enfants.

• entendent des choses cruelles et tristes au sujet du parent malade.

L’enfant doit apprendre à faire face à de telles situations et à de tels sentiments par le biais des mécanismes appropriés sinon, un nombre de problèmes peuvent apparaitre. Souvent, l’enfant va se replier sur lui-même et s’isoler alors que des sentiments d’angoisse se manifestent à cause d’un environnement imprévisible. De tels enfants peuvent avoir de la difficulté à se concentrer à l’école sur une tâche ou un devoir à cause de leur anxiété.

Ces enfants peuvent aussi manifester des problèmes de comportement quand ils font face à des situations et des sentiments pour lesquels ils ne sont pas prêts. Souvent, ces enfants apprennent des comportements et des mécanismes inappropriés du parent malade (ex. font des crises de colère, frappent les autres, mentent, malmènent les autres, deviennent manipulateurs, etc.).

Ces enfants peuvent aussi ressentir de la colère ou de la frustration face à leur situation familiale qu’ils expriment par une agression physique ou verbale. Les problèmes que les enfants peuvent manifester

• des problèmes de comportement

• de l’angoisse

• de la confusion

• renversement des rôles /deviennent parents

• problème d’attachement

Selon l’American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, « les enfants de parents atteints de maladie mentale courent le risque d’avoir eux-mêmes des problèmes surtout si les deux parents sont atteints de maladie mentale. Le risque d’une maladie psychiatrique peut être plus grand si un parent a un trouble bipolaire, souffre d’anxiété, a un trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) , souffre de schizophrénie, de toxicomanie, ou est dans un état dépressif, ou si l’environnement familial de l’enfant présente des contradictions et est imprévisible. » The Brown University Child and Adolescent Behavior Letter (2003).

Plusieurs facteurs contribuent à ce que deviendra l’enfant si un parent est atteint de maladie mentale. Il est plus en danger d’avoir des problèmes à cause de l’instabilité et des hauts et des bas émotionnels qu’il a pu vivre au cours de son enfance. Comme plusieurs de nos membres peuvent en témoigner, vivre avec une personne souffrant d’une maladie mentale peut être tout un défi; toutefois en travaillant avec des outils et des connaissances, les défis quotidiens peuvent être gérés plus facilement.

Que puis-je faire pour diminuer les risques pour mon enfant ?

Fournir des connaissances : la chose la plus importante qu’un membre de la famille puisse faire pour un enfant qui a un parent atteint de maladie mentale est d’éduquer l’enfant sur la maladie. Les enfants manifestent de l’angoisse et du souci lorsqu’ils voient des comportements étranges. En expliquant à l’enfant que le parent agit de cette façon parce qu’il souffre d’une maladie et qu’il n’a pas à avoir peur aidera à réduire son anxiété. Il a plusieurs ressources où les parents peuvent apprendre comment parler à leurs enfants de la maladie mentale. Ceci peut être très utile lorsqu’on cherche les bons mots à utiliser. Il ne faut pas oublier que la maladie mentale est une maladie comme toute autre, et bien des enfants savent ce qu’être malade veut dire.

Fournir un environnement stable : il est souvent très difficile de fournir un environnement stable quand un parent a des réactions imprévisibles et que les horaires sont continuellement remis en question et changés. Il est important d’essayer de fournir une atmosphère prévisible pour l’enfant, de s’engager dans une routine. Les enfants ont besoin d’un sens du prévisible pour se sentir en sécurité et pour acquérir un sens naturel de sécurité dans la vie.

Suivre une psychothérapie : parler à un professionnel sur une base régulière peut aider non seulement l’enfant, mais tous les membres de la famille. Le fait d’avoir une personne compétente et objective avec qui on peut discuter et comprendre ses difficultés peut être extrêmement bénéfique. Les enfants se sentiront soutenus et compris tout en apprenant à comprendre leurs sentiments les plus difficiles concernant le parent qui souffre d’une maladie mentale.

Cultiver les rapports avec le parent malade : il s’avère extrêmement important que les enfants aient des liaisons positives avec leurs parents. Souvent lorsqu’un parent souffrant de maladie mentale n’est pas en mesure de prendre soin de son enfant d’une façon adéquate, les rapports deviennent forcés. L’enfant peut alors devenir craintif ou anxieux auprès du parent malade et peut même se sentir mal aimé. Il est important que les aidants fassent des efforts accrus afin que les rapports entre le parent et l’enfant soient maintenus et que l’enfant puisse grandir en se sentant en sécurité et aimé.

Maintenir un rapport solide avec un adulte en santé : lorsqu’un enfant connait l’instabilité découlant de la maladie mentale d’un parent, il est important qu’il ait des modèles appropriés à émuler. Si le parent ne peut pas donner à son enfant un sens de sécurité ou nourrir ses besoins émotionnels d’une façon adéquate, le fait d’avoir un rapport stable et solide avec un autre adulte pourra l’aider à former un sentiment de sécurité. Il sera donc plus en mesure de séparer les comportements du parent découlant de la maladie des sentiments négatifs envers lui.

Des rapports sains avec ses pairs : il est bénéfique, pour maints raisons, pour les enfants d’avoir des rapports sains avec leurs pairs : ils apprennent à négocier, ils apprennent à avoir des rapports autres que celui parent/enfant, et ils forment des liens pleins de confiance qui les aidera à faire face aux difficultés. Il est souvent très utile pour les enfants qui ont un parent atteint de maladie mentale d’observer et d’avoir des interactions avec leurs amis afin d’avoir une vue plus étendue du monde, ce qui ne serait pas le cas s’ils étaient isolés.

Encourager des activités saines en dehors du foyer : les enfants de parents atteints de maladie mentale ne sont souvent pas suffisamment socialisés avec leurs pairs et n’ont que rarement la chance de participer à des activités sportives ou culturelles sur une base régulière à cause du manque d’organisation ou du chaos du milieu familial. Il est essentiel pour les enfants d’acquérir des intérêts personnels en dehors de la famille afin d’apprendre à se séparer de façon adéquate et à avoir un sens fort de leur identité et d’eux-mêmes. Il y a plusieurs facteurs qui déterminent comment l’enfant se développera lorsqu’un parent souffre d’une maladie mentale. Il court un risque plus élevé d’avoir des problèmes à cause de l’instabilité et des hauts et des bas émotionnels qu’il a vécus dans son enfance.

Comme plusieurs de nos membres peuvent en témoigner, vivre avec une personne atteinte de maladie mentale peut être tout un défi. Toutefois, en travaillant avec des outils et de la compréhension, les défis quotidiens peuvent être gérés plus facilement. Les enfants peuvent aussi apprendre à faire face à leur environnement au jour le jour et au stress de vivre avec un parent malade. Comme toute autre difficulté dans la vie, il est beaucoup plus facile de faire face au problème lorsqu’on le comprend bien pour pouvoir ensuite apprendre à le traiter d’une façon appropriée.

Traduction par Denise Crawford

Bibliographie Helping children and teens living with mentally ill parents. (2002).

Brown University Child & Adolescent Behavior Letter, 18(7), 1. Leschied, A. W., Chiodo, D., Whitehead, P. C., & Hurley, D. (2005).

The relationship between maternal depression and child outcomes in a child welfare sample: implications for treatment and policy. Child & Family Social Work, 10(4), 281-291. Orel, N. A., Groves, P. A. & Shannon L. (2003).

Positive Connections : a programme for children who have a parent with a mental illness. Child and Family Social Work, 8, 113-122.