Comportement d’adolescent normal ou signes avant-coureurs de maladie mentale ?

Par Jaimie Byrne

Comportement d’adolescent normal ou signes avant-coureurs de maladie mentale ?
Par Jaimie Byrne, conseillère

Il n’est pas rare que les parents se demandent si leur enfant agit juste comme un adolescent normal ou s’il se comporte différemment en raison de maladie mentale, de l’utilisation de drogues ou de difficultés de comportement. Les adolescents normaux sont souvent d’humeur exécrable suite aux changements hormonaux et physiques qui se produisent durant la puberté. Cependant, en présence de maladie mentale, il peut être difficile de différencier « le comportement d’adolescent normal » des symptômes de dépression, d’anxiété et d’autres difficultés émotives.

Les adolescents peuvent devenir susceptibles et se fâcher facilement, particulièrement quand ils désirent se séparer de la famille et obtenir plus d’intimité ou d’indépendance. Le processus normal de séparation commence tôt durant l’adolescence, c’est quand un parent voit son enfant se dire embarrassé d’être avec eux et passe de plus en plus de temps avec ses amis plutôt qu’avec sa famille. Il peut être inquiétant de voir votre adolescent passer des heures sur l’ordinateur ou au téléphone, seul dans sa chambre, et devenir défensif si on lui demande ce qu’il fait ou à qui il parle. Ce type de comportement est normal. Les adolescents doivent se séparer naturellement de leur famille afin de gagner leur indépendance en tant que jeunes adultes. Ils vont souvent réagir défensivement afin d’atteindre ce but. Pendant cette période, vous devriez pouvoir constater que même si votre adolescent devient moins intéressé à partager les activités familiales, il peut encore interagir avec des amis et s’engager dans des activités sociales et périscolaires saines en dehors de la maison. Mais si vous voyez que votre adolescent ne s’engage pas dans d’autres activités ou avec des amis et est chroniquement déconnecté, irritable et triste; c’est alors que le comportement devient anormal et exige une intervention.

Les années de l’adolescence peuvent être dramatiques. C’est l’époque des nouvelles expériences. Ce qui peut sembler simple pour un adulte peut sembler troublant pour un adolescent qui vit une nouvelle expérience pour la première fois. Des ruptures ou des chicanes avec les copains ou copines, des difficultés en classe ou simplement croire qu’ils ne sont pas habillés adéquatement sont toutes des situations dérangeantes. Les adolescents sont souvent hypersensibles ou timides et n’ont pas développé de moyens de défense face à des événements de ce type. Par conséquent, vous pouvez noter chez eux des épisodes de tristesse, d’anxiété et des sentiments d’être inadéquat. Ces épisodes ne devraient durer que quelques jours, tout au plus. Si ces sentiments sont continuels et si l’adolescent est chroniquement impatient ou triste, alors vous devriez leur faire part de votre inquiétude et consulter votre médecin de famille pour voir s’il existe un problème plus grave que l’angoisse existentielle normale de l’adolescence.

Il peut être difficile de différencier les symptômes de maladie mentale des problèmes normaux relies à l’adolescence. Si vous croyez que votre enfant souffre en silence ou agit de façon inquiétante, mais pas au point de consulter un médecin, vous pourriez parler à d’autres parents ou consulter des organismes afin de comparer son comportement à celui d’autres personnes de son âge. En tant qu’adultes, nous comparons le comportement des adolescents à celui que nous avons nous-mêmes connu à cet âge. Mais ceci peut causer trop d’anxiété chez les parents à cause des différences de la société actuelle. Les adolescents sont beaucoup plus jeunes à expérimenter le sexe, les drogues et l’alcool. Les parents paniquent souvent en apprenant que leur enfant de 15 ans est déjà actif sexuellement ou a commencé à boire de l’alcool socialement. Si tous ses amis et collègues ont des comportements semblables, les parents doivent accepter que ceci soit « normal » même s’ils n’approuvent pas. Dans un tel cas, il y a moins de probabilité de maladie mentale. Mais si votre fille ou votre fils agit différemment de son groupe, alors vous devez peut-être vous inquiéter et contacter votre médecin de famille. Voici différentes choses que vous pouvez observer et qui vous aideront à distinguer la maladie mentale du comportement normal de l’adolescent.

Quelques comportements inquiétants
• Diminution du temps passé avec les amis et la famille
• Chute significative des résultats scolaires
• Absentéisme ou refus de suivre ses cours
• Problèmes de mémoire, d’attention ou de concentration
• Modifications importantes dans le niveau d’énergie, l’appétit ou le sommeil
• Symptômes physiques (nausées, migraines, mal de dos)
• Sentiments de découragement, de tristesse, d’anxiété, pleurs fréquents
• Comportements agressifs, désobéissance, argumentation
• Négligence au niveau de l’hygiène ou de l’apparence personnelle
• Abus de drogues
• Conduite dangereuse ou recherche de sensations fortes
• Perte de confiance envers les autres
• Voir ou entendre des choses que les autres ne voient ou n’entendent pas

*Il faut se rappeler que la présence d’un seul indice ne signifie pas nécessairement un problème. Il est important d’examiner la nature, l’intensité, la sévérité et la durée du problème.

Connaître votre adolescent

Bien que votre enfant grandisse et change rapidement, vous êtes, en tant que parent, en meilleure position pour savoir qui est votre enfant. Vous l’avez élevé avec des valeurs, des croyances et un ensemble de directives de vie. Vous savez quand votre enfant n’agit pas normalement ou éprouve des difficultés. Faites confiance à vos instincts et n’ayez pas peur d’agir en conséquence. Même si votre ado peut être réticent à répondre quand vous demandez ce qui ne va pas, le fait de demander occasionnellement lui fait savoir que vous vous inquiétez et que vous êtes ouvert au dialogue.
Souvent, les parents refusent d’accepter la réalité d’un problème par orgueil ou par crainte. En tant que parents, nous entretenons des rêves et des espoirs pour nos enfants. Nous les voyons changer durant l’adolescence alors que leur personnalité adulte émerge. Des jeunes intelligents, doués et créatifs deviennent malades juste au moment ou ils deviennent assez mûrs pour utiliser leurs qualités d’une manière productive. Ceci peut être dévastateur pour les parents, qui ont alors facilement tendance à nier qu’un problème existe. Ignorer le problème ne le fait pas disparaître et peut au contraire l’empirer. Comme avec n’importe quelle maladie, ne pas recevoir le traitement approprié prolonge et empire les symptômes Demeurer ouvert, être honnête et ne pas juger votre adolescent concernant ses difficultés vous fera mieux comprendre ses besoins et facilitera un rapport de confiance entre vous deux.

Communiquer vos inquiétudes à votre adolescent

Si vous êtes inquiet du comportement et des humeurs de votre ado, il est très important d’en parler avec elle ou lui. Essayez d’identifier des soucis spécifiques, par exemple «Je m’aperçois que tu ne sors pas beaucoup récemment et que tu ne réponds pas au téléphone quand tes amis appellent. » Ou « Je ne peux pas m’empêcher de noter que tu manges moins aux repas et que tes maux de ventre empirent.» Il est probable que l’ado ne veuille pas en parler, mais laissez-lui de l’espace et du temps pour répondre. Faites-lui savoir que vous êtes là pour aider et que vous pouvez travailler ensemble à faire face aux difficultés. Obtenez l’aide d’un médecin de famille ou d’un CLSC local pour évaluer votre enfant et lui offrir les services appropriés.
Il n’est jamais facile de parler à quelqu’un de la maladie mentale. Les recommandations qui suivent vous indiquent comment diminuer la tension d’une telle discussion.

• Parlez calmement
• Dites ce que vous pensez et soyez prêt à écouter
• Évitez d’interrompre l’autre personne
• Évitez le sarcasme, les plaintes, les menaces ou les cris
• Ne pas attaquer personnellement ou humilier la personne
• Ne croyez pas que votre solution est la seule solution valable
• Évitez des mots comme “toujours” ou “jamais”
• Occupez-vous du présent, pas du passé
• N’insistez pas pour avoir le dernier mot
• Si la situation devient trop torride, prenez un repos et revenez à la discussion plus tard
• Respectez la personnalité de l’autre
• Parents: Rappelez-vous de votre propre adolescence
• Adolescents: Rappelez-vous que vos parents réagissent souvent de façon drastique parce qu’ils sont conscients de l’importance des enjeux
• Reconnaissez que vous êtes ensemble dans cette situation

Les années d’adolescence peuvent être difficiles pour les parents. C’est une époque de changements où il peut être difficile de savoir quand et comment intervenir auprès de votre adolescent. Il peut même être difficile d’identifier quand il y a un problème et quand votre ado est juste un ado. Écoutez vos instincts et impliquez-vous. Posez des questions et agissez si vous estimez que votre enfant ne va pas bien. Une intervention hâtive est la clef du succès, alors que le fait d’ignorer le problème pourra mener à plus de difficultés.

Ressources pour les parents
• Centre de toxicomanie et de santé mentale: www.camh.net
• La société pour les troubles d’humeur du Canada: www.mooddisorderscanada.ca
• The National Eating Disorder Information Centre: www.nedic.ca
• Le Réseau National pour la Santé Mentale: www.nnmh.ca
• Société canadienne de la schizophrénie: www.schizophrenia.ca
• Statistique Canada: www.statcan.gc.ca

Références
Miklowitz, D.J, George, E. (2008) The Bipolar Teen; What You Can Do to Help Your Child and Your Family.
Mondimore, F.M. (2002) Adolescent Depression; A Guide for Parents.
http://www.mental-health-matters.com
http://www.kued.org/productions/voicesofhope/normal.php
www.heretohelp.bc.ca
http://www.cmha.ca