Sexualité et la santé mentale

Par Sheryl Bruce

La sexualité nous définit non seulement en tant qu’homme ou femme, mais affecte aussi notre estime de soi. Nous sommes influencés par notre capacité d’attirer et de satisfaire les autres. Notre sexualité est une façon de s’attacher à d’autres d’une manière profonde et personnelle. La sexualité est très personnelle. Même entre les couples qui ne sont pas atteints de maladie mentale, la relation sexuelle est exigeante et fragile. Cette fragilité se manifeste de diverses façons. Les couples doivent accepter les désirs, capacités et appétits sexuels de l’autre personne. Les couples doivent donc bien communiquer sur un sujet qui peut entrainer gêne ou embarras. Il faut beaucoup d’effort pour que deux personnes se comprennent mutuellement, identifient les besoins de l’autre et arriver à une entente mutuelle. Les hommes comme les femmes doivent faire face à de nombreux problèmes à ce sujet.*

Si vous ajoutez une maladie mentale à cette problématique, il est évident que des problèmes psychologiques pourront mettre en danger la santé sexuelle du couple. La fatigue, le stress, les problèmes d »éducation des enfants et/ou d’assistance aux enfants adultes souffrant de maladie mentale peuvent tous provoquer des pressions sur la relation de couple. Pour les femmes, les problèmes psychologiques peuvent influer considérablement sur leur santé sexuelle. Souvent, les femmes ont besoin d’être comprises et de se sentir aimées. La pression au travail, le stress, la fatigue et l’excès de poids hypothèquent également la relation sexuelle chez les hommes. Tous ces facteurs peuvent ruiner la vie de couple, sauf si le couple identifie le problème et est prêt à apprendre de nouvelles façons d’interagir et de réagir l’un envers l’autre.

Dès qu’une personne développe une maladie mentale, la santé sexuelle du couple est à risque. La dépression diminue l’estime de soi et amène des doutes sur plusieurs aspects de la vie. La personne malade peut avoir des difficultés à faire des tâches usuelles d’hygiène personnelle, ou devenir incapable de travailler ou de participer aux travaux de la maison, ce qui amène des difficultés pour l’entourage. Si une seule personne doit assumer le fardeau financier et donner des soins, il peut en résulter un niveau de stress susceptible d’affecter psychologiquement le partenaire sexuel, mettant en péril la relation du couple.

Les médicaments amènent souvent des effets secondaires importants. Les médicaments peuvent diminuer l’appétit sexuel, modifier les sentiments et même causer l’impuissance. On peut essayer d’ajuster les doses ou tenter des thérapies qui n’exigent pas de médication. Autrefois, on recommandait aux femmes de ne pas avoir d’enfants, de peur que les médicaments affectent le développement du fœtus. Aujourd’hui, il est encore suggéré de ne pas avoir d’enfants si la personne n’a plus la capacité ou l’énergie. La médecine évolue constamment et de nouvelles solutions sont testées. On accepte maintenant que grâce à certaines médications considérées moins nocives, ces femmes peuvent avoir des enfants.**

La vie de personne seule est déjà difficile. Ajoutez une maladie mentale et ça le devient beaucoup plus. On hésite à discuter des besoins d’intimité et de sexualité des malades mentaux. Pourtant, ces besoins font partie d’une qualité de vie normale. Comment ces malades vivent-ils leur sexualité? Ont-ils seulement droit à une vie sexuelle? Désirent-ils une vie sexuelle? Comment un enfant adulte vivant chez ses parents peut-il espérer une vie sexuelle? Lors d’une longue hospitalisation, existe-t-il une possibilité de vie sexuelle? Et qu’en est-il si le malade demeure dans un centre ou une maison d’accueil ?

Plusieurs ne se sentent pas confortables à discuter de tels aspects de leur vie. Pourtant, il est évident que la maladie mentale aura un impact certain sur les comportements et désirs sexuels. Les schizophrènes ont tendance à s’isoler. *** Ceci affectera leurs contacts et relations avec les autres, incluant l’intimité et la sexualité. Les dépressifs voient souvent leur intérêt sexuel diminué. De plus, certains médicaments causent une dysfonction sexuelle. Certains n’acceptent pas cet effet secondaire et arrêtent de prendre leurs médicaments, ce qui amène des rechutes et la récurrence de symptômes indésirables. Il est donc important de discuter avec le médecin traitant de possibles alternatives. ****

Si votre conjoint, votre fille ou votre fils sont atteints de maladie mentale, montrez leur que vous les aimez. Embrassez-les. Votre étreinte pourrait être leur seul contact physique. Encouragez autant que possible les contacts amicaux, les rencontres familiales et les relations intimes. Nos proches ont des besoins et des droits. Eux aussi ont le droit de prendre des décisions et d’en subir les conséquences, bonnes ou mauvaises. Encouragez vos proches à voir leur médecin régulièrement et à prendre soin de leur santé par tous les moyens. Restez ouverts, prêts à de leurs préoccupations concernant leur vie romantique. Leurs désirs et leurs besoins sont les mêmes que ceux des personnes saines. Nous voulons tous aimer et être aimés, connaître la tendresse, la chaleur et l’affection. Nous voulons tous une meilleure qualité de vie. Le besoin d’intimité et de sexualité est un besoin universel, et pourtant on hésite à en discuter.

Il est désirable d’ouvrir le dialogue, autant auprès des malades que de leur entourage. Il faut reconnaître les besoins sexuels de la personne et les changements que peuvent entrainer les traitements. *Dombeck, Ph.D. www.Lifewatcheap.com

*Patricia Deegan a rédigé un article intéressant, du point de vue du client, de leurs droits et de la façon dont ils sont traités par les professionnels de la santé (Disponible en anglais sur l’Internet : P. Deegan, Human Sexualité and mental illness: Consumer Viewpoints and Recovery Principles).

**Chez les personnes atteintes de maladie mentale, plusieurs facteurs peuvent affecter leur sexualité. Malheureusement, « l’impact les plus troublant de la maladie mentale sur les relations personnelles, selon Cathy Heycock (www.Same.org), est le fait de perdre ses amis et d’avoir de la difficulté à entrer en contact avec les autres. Pour plusieurs, toute intimité physique, toucher ou étreindre un autre, devient rare. Il est incroyable de constater qu’un malade sur six n’avait pas touché ou été touché par un autre depuis plus de 12 mois » www.sane.org Australie). Cette étude démontre que « 49% des répondants n’avaient aucun contact intime, 13 % n’avaient pas été touchés par une autre personne au cours des 12 derniers mois, et que 35% n’avaient pas connu de contact sexuel au cours des 12 derniers mois. » «Ceci impacte leur qualité de vie. Un isolement social extrême empire la maladie mentale. Pourtant, ces malades doivent endurer un tel isolement », dit Barbara Hocking, Directrice exécutive, SANE.

*** Pour plus d’informations, consultez les textes de White et Madera « Sexuality and Sexual Problems Organizations » (www. Mentalhelp.net), ainsi que l’intéressant article de De Silva « Harsh reality for many people with mental disease in a life of loneliness ». Sexuality and Serious mental illness, British Journal of Psychiatry; 2000, Vol. 177 (aussi sur le web).

Traduction par Claude Renaud