L'association, Les Amis de la santé mentale, un organisme communautaire à but non lucratif, offre aux familles et amis du soutien, de l'information et de l'éducation pour aider ceux et celles qui sont aux prises avec la maladie mental d'un proche.

Mettre ses limites.

Par Patty Levell, Programme de soutien à la famille 

Quand un aidant, parent ou ami, répond aux besoins d'une personne ayant une maladie mentale, il le fait souvent à ses dépends sans s'en rendre compte. Insidieusement, le surmenage de l'aidant s'installe et altère éventuellement ses capacités à relever les défis qui surgissent. La fatigue, la tristesse, l'anxiété et la frustration finissent par teinter tous les aspects de sa vie. La maladie rend souvent la personne atteinte irréaliste dans ses attentes. Elles est incapable de reconnaître les besoins de celui qui lui vient en aide. Pour échapper à cette situation, il est essentiel que l'aidant se protège en établissant des limites autour de ce qu'il est prêt à donner, des déficiences qu'il est prêt à compenser et des comportements du malade qu'il peut tolérer.  

Établir des limites saines est un processus qui comporte deux aspects principaux. Dans un premier temps, il s'agit de bien cibler les réajustements utiles. Il est nécessaire que l'aidant soit attentif à ses propres besoins physiques et psychologiques. Il doit estimer le temps qu'il doit s'accorder pour s'acquitter de ses autres responsabilités, prendre des moments de repos, se ressourcer et partager avec les autres personnes qu'il aime. Est-ce que je compromets un de ces aspects de ma vie? Suis-je capable de garder un sentiment de satisfaction face à elle? Ce sont là les questions auxquelles il doit répondre. Il y découvrira les repères essentiels au maintien vital d'une zone de confort et au respect de ses limites personnelles bien humaines. Considérant dans ce cadre les demandes que constituent les besoins de la personne ayant la maladie, l'aidant peut mieux voir desquelles il peut s'occuper et ce que sont les priorités. Il doit se rappeler qu'il a le choix. Il fera alors mieux face à la culpabilité survenant de l'ampleur des demandes qui se perçoivent trop facilement en autant d'exigences. Il est tentant, par exemple, de se mettre à penser qu'il faut toujours cuisiner pour l'autre, qu'il sera en colère si on ne lui donne pas d'argent, qu'il ne pourra jamais garder sa chambre rangée ou suffisamment propre seul. Trop fatigué de la charge, l'aidant peut se désinvestir complètement des défis qui lui tiennent à cour. Si par surinvestissement il y a ailleurs des sousinvestissement importants, il y a de bonnes raisons de croire que les besoins de la personne atteinte prennent une place disproportionnée et qu'il y a déséquilibre. L'aidant doit donc délimiter ses responsabilités, mettre d'abord des limites sur ses propres actions et évaluer les comportements qu'il a besoin de voir changer chez l'autre pour favoriser une vie plus saine. 

Le second aspect inhérent à l'établissement de limites adéquates tient à bien encourager la personne aidée à adopter des comportements plus sains et mieux adaptés aux limites personnelles de l'aidant. Cela présente un défi certain qui n'ira pas sans provoquer chez l'aidant divers sentiments troubles. Au désir de protection s'entremêleront souvent chez lui la culpabilité, même la peur. L'aidant pourra alors s'assurer que ses attentes sont réalistes. Cela lui donnera plus de conviction et lui apportera du réconfort. Il est aussi important de faire confiance aux ressources de la personne atteinte. Celle-ci gagnera à considérer que la maladie ne lui permet pas de se démettre complètement de ses responsabilités à la maison ou en société. Il faut donc prendre le temps de bien lui expliquer l'importance de ce qui est attendu d'elle. Des consignes simples et claires doivent être données. L'aidant devra parfois user d'imagination pour trouver des solutions pratiques, réalisables et à la portée du malade. Être créatif peut permettre de ne pas avoir à tout faire à la place d'autrui.

 Consignes aidant à l'établissement de limites saines :

 Les comportements inadéquats (violence, irrégularité des horaires de  sommeil, malpropreté, usage de drogue, manquement au traitement, agressivité, etc.) peuvent être d'abord évalués comme suit: a) absolument inacceptables, (ex. : violence), b) demande un changement rapidement, est un objectif important (ex. : suivre un traitement) et c) présente un intérêt à être changé, mais demeure tolérable (ex. : désordre). Il est important de toujours prendre le temps de bien estimer le juste impact qu'un comportement a sur nous : nous met-il en danger physiquement, nous cause-t-il psychologiquement beaucoup de stress, affecte-t-il les relations avec d'autres membres de la famille ou d'autres personnes? Il est important aussi de considérer comment la personne qui a la maladie mentale pourra s'adapter sans ce comportement. L'aidant peut se demander ce qu'elle pourrait ressentir (ex.: inquiétude, rejet) et en discerner l'impact sur son éventuelle coopération.

Après une sérieuse évaluation, une décision peut être prise à l'effet d'amorcer ou non un changement donné. Mettre des limites sur un comportement demande des efforts et de la persévérance. Ce déploiement d'énergie doit valoir les chances de succès ou l'importance du résultat escompté. Devant plusieurs défis, il faut faire des choix stratégiques. Il est préférable de s'attarder sur un ou quelques objectifs à la fois.

 Pour aider une personne à changer des comportements, une planification plus concrète peut être utile. Il s'agit de rendre clairs les objectifs projetés, de préciser les attentes et prévoir les conséquences d'un manquement à leur réalisation. Dans cet esprit, un contrat peut être présenté à la personne atteinte pour que les termes d'une entente soient bien concrets et le moins sujets à l'interprétation des partis. Quand des conséquences sont prévues faute de respect de l'entente, leur choix doit se faire avec discernement car elles devront s'appliquer. Autant que possible, il est préférable d'utiliser les conséquences qui s'imposent naturellement dans un contexte donné lorsque le comportement inapproprié est adopté. Par exemple, la violence physique conduit normalement à un recours aux autorités, un désordre surabondant nécessite que certains effets soient mis de coté pour qu'une pièce puisse retrouver de l'ordre.

 Bien que malaisé, il est important de s'en tenir aux termes d'une entente. Le cas échéant, l'aidant sera mieux pris au sérieux si une conséquence prévue s'applique. Par ailleurs, s'il y a engagement et changement, bravo! Il faut prendre le temps de voir les changements qui sont accomplis et de reconnaître les efforts et les progrès. La personne malade y trouvera l'encouragement et la motivation nécessaire pour maintenir ses nouvelles habitudes et pour continuer à s'améliorer au bénéfice de sa propre autonomie.

 Mettre des limites acceptables en termes de comportements adéquats, comme en termes de demandes réalistes, peut être un défi de taille. Où, quand, comment mettre des limites n'est pas toujours évident dans un contexte de maladie mentale. L'intuition reste bonne conseillère en dernier recours. En général, devant une personne en difficulté, il faut garder à l'esprit qu'aider n'aide pas toujours. Il est souvent inconfortable d'avoir à résister à la prise en charge que l'aidé inspire. Celle-ci peut aggraver facilement les aléas de la dépendance. S'impose aussi le bon sens qui veut que si l'on ne s'aide pas soi-même d'abord, éventuellement, on ne pourra aider quiconque. Soulignons, pour conclure que le maintien de limites saines contribue nécessairement au mieux être de tous!

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