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La dépression saisonnière et le cycle circadien  Par Diane Grenier                                                 

À l'hiver, nous rêvons tous d'aller passer quelques jours 'dans le sud'. Ne sont pas sans raison d'être ces besoins de soleil, de contrer une certaine fatigue et la petite déprime des temps gris, reliés aux journées écourtées de l'hiver. Pour certains ces 'bleus' saisonniers constituent une véritable condition dépressive identifiée comme étant le Trouble affectif saisonnier ou SAD (de l'anglais: Seasonal Affective Disorder). Aux États-Unis, en souffre une personne sur vingt montrant des symptômes dépressifs entre octobre et mars, comme un manque de motivation, des difficultés à se concentrer, un gain de poids et de la fatigue souvent accompagnés de malaises physiques. Cet état est dix fois plus commun dans les régions du nord que du sud.

SAD mettrait en cause le cycle circadien (durées des jours et des nuits) qui change selon les saisons. Celui-ci influence directement les rythmes de nos processus physiologiques et c'est le manque éventuel de synchronisme de la lumière du jour avec nos habitudes socioculturelles, en termes d'horaires quotidiens, qui éventuellement ferait problème. SAD se traite de manière efficace dans 70% des cas, par la photothérapie (avec une lampe spéciale) qui permet de prolonger l'exposition à la lumière durant la journée. Selon certains chercheurs, son incidence serait réduite si nous respections mieux les rythmes naturels du levée et du couché du soleil en y ajustant de plus près nos périodes de veille et de sommeil.

C'est par le biais de récepteurs spécialisés de la rétine de l'oil que des messages sur la durée du jour parviennent à des centres nerveux de l'hypothalamus du cerveau. Ils régularisent les changements hebdomadaires de la pression artérielle, de l'hormone du stress, la cortisol, et de la température du corps. Ils agissent aussi sur la glande pituitaire qui sécrète, durant la nuit seulement, la mélatonine qui induit le sommeil. Depuis des années, ces centres nerveux sont identifiés comme les grands responsables de notre horloge interne. De récentes recherches montrent qu'il y a plus. Des gènes seraient aussi impliqués au niveau cellulaire dans la régulation quotidienne des activités d'organes. Ceux-ci, ayant leur propres horloges biochimiques, auraient une autonomie relative face à l'horloge du cerveau. Ainsi, on peut voir que les différentes activités du corps relèvent de nombreux mécanismes rythmés dont la coïncidence détermine l'harmonie et l'équilibre.

Ce synchronisme peut être perturbé sans grande conséquence à l'occasion. On pourra quand même manger tard et travailler la nuit. Cependant, si certaines fonctions peuvent changer d'horaire d'autres demeurent fortement dépendantes du cycle circadien. On peut en effet déphaser à volonté l'heure du manger ou du coucher, mais on ne peut pas décider de notre niveau de mélatonine, de cortisol ou de notre température corporelle à un moment donné de la journée. C'est alors comme si certaines parties du corps restaient éveillées alors que d'autres simultanément dormaient. Quand les habitudes de vie sont perturbées, le synchronisme normal de toutes ces horloges internes peut prendre des jours, parfois des semaines, à se remettre en phase. Cela expliquerait les effets difficiles des décalages horaires des voyageurs et aussi pourquoi les personnes, qui travaillent sur des horaires de soirées ou de nuit, souffrent plus de maladie du cour, de troubles gastro-intestinaux et, bien sûr, de trouble du sommeil. Avis aux oiseaux de nuit et aux fêtards! Ne pas garder toutes les pendules à l'heure surtaxe le corps! L'impact de décalages plus légers ne seraient pas négligeables et on comprend mieux que certains puissent être affligés, pendant l'hiver, par la fatigue, des changements de l'humeur ou d'un trouble comme SAD. Durant cette saison, les nuits plus longues prolongent la sécrétion de mélatonine alors que notre rythme de vie, restant sensiblement le même, nous oblige à fonctionner durant plus d'heures sans la lumière du jour.

L'importance du cycle circadien et des saisons est capitale chez certaines espèces animales. On a qu'à penser à l'hibernation, aux migrations et aux périodes d'accouplement. L'espèce humaine a sans doute échappé à un déterminisme aussi drastique de ses habitudes pour avoir eu comme berceau de son évolution des régions tropicales. Les saisons y étant moins différenciées, leur impact sur les cycles de la biologie animale y est généralement atténué. Néanmoins, des influences demeurent et nous ne nous y soustrayons pas.

Ainsi, c'est pour cause que certains vacanciers trouvent une solution régénératrice au décalage entre notre nature et notre culture en allant dans le sud l'hiver. Pour ceux qui n'en n'ont pas l'opportunité, garder une bonne hygiène de vie peut prévenir les bleus de l'hiver. Les journées passées à l'extérieur en pleine lumière avec des heures de coucher raisonnables et un sommeil suffisant sont recommandés. Il en va d'une bonne santé physique et mentale. Dans le cas des personnes atteintes de maladie mentale, cette hygiène reste essentielle à la bonne gestion de la maladie qui souvent incite à des changements où s'inversent justement les habitudes du jour et de la nuit.


(Voir  Karen Wright, Times of  our  Lives, Scientific America, Sept. 2002-- www.sciam.com , sur le web info sur SAD: Université de Colombie Britannique-- www.psychiatry.ubc.ca/mood/sad , Direct SAD-- www.fhs.mcmaster.ca/direct/subpages/pu_depcons.html , The society for light treatment and biological rhythms-- www.slbr.org ) .

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