Je ne suis pas malade, je n'ai pas besoin d'aide...
Par Patricia Parker, stagiaire
Dans son livre '' Je ne suis pas malade, je n'ai pas besoin d'aide'' (titre anglais: ''I am not sick, I don't need help ''), Xavier Amador parle de la perception qu'une personne souffrant de maladie mentale peut entretenir à son propre sujet. Souvent, celle-ci ne se verra ni malade, ni comme ayant besoin d'aide. Plusieurs aidants naturels font l'expérience de cette attitude où la personne ne réalise pas sa condition. Alors comment faire pour lui venir en aide? Comment arriver à lui faire part de nos observations et de nos inquiétudes? L'auteur décrit quatre étapes cruciales de la communication aidant/aidé nécessaires à la reconnaissance du besoin d'aide et à la promotion éventuelle du traitement dans un esprit de coopération.
La première étape consiste simplement à écouter. Il s'agit de tenter de saisir ce que ressent, pense, veut et croît la personne atteinte de maladie mentale. Il peut être particulièrement utile de comprendre ce que sont ses croyances au sujet des médicaments, ce qu'elle pense pouvoir ou non accomplir, ses attentes et ses aspirations futures. On pourra mieux comprendre comment des déficits cognitifs liés à la maladie limite la personne. On pourra aussi voir pourquoi et comment la personne ne se considère pas malade.
Une bonne écoute implique qu'on lui accorde du temps. Idéalement, des temps de rencontre peuvent être planifiés d'avance. Si cela n'est pas possible, on peut saisir toutes les occasions qui semblent propices. L'écoute peut amener une plus grande confiance. Les informations obtenues seront éventuellement utiles à la découverte de terrains d'entente. L'écoute tisse une alliance qui brise l'isolement. Elle est efficace lorsqu'on reste ouvert sans trop vite partager ses propres opinions. Il s'agit avant tout de faire de la place à l'expression de la personne malade et de lui montrer que ce qu'elle pense ou ressent suscite notre intérêt, sans jugement.
La deuxième étape vise à développer une attitude d'empathie face à la personne malade. On se montre alors attentifs à ses sentiments, tout particulièrement à ses frustrations, ses peurs, ses inconforts et ses désirs.
L'empathie se transmet bien par l'écoute réflective où les sentiments exprimés par la personne sont répétés ou repris en d'autres mots. Cela fait preuve d'intérêt et de compréhension. Des questions peuvent inviter la personne à confirmer la justesse de ce qui est rapporté. L'écoute réflective est un mode actif de communication qui agit souvent par reformulation. Un patient peut dire:- ''Je ne sais pas pourquoi tout le monde veut que je prenne mes médicaments. Je me sens bien.'' Son médecin peut, par exemple, lui répondre:- '' Devoir prendre tes médicaments alors que tu te sens bien te rends confus.''
La troisième étape consiste à faire sentir à la personne malade que son expérience est valide. Il s'agit de lui laisser savoir que vous vous sentiriez sans doute de la même manière à sa place. Vous avez avantage à discuter plutôt des problèmes ou des symptômes qui sont déjà perçus et reconnus. Reconnaissez les avantages et les désavantages des traitements tels qu'ils sont perçus, tant sous leurs considérations rationnelles qu'irrationnelles. Vous pouvez tenter d'apporter certains correctifs à des croyances erronées (ex.: les médicaments cause une dépendance), mais accordez votre attention et validez surtout les perceptions positives et bénéfiques. Il faut aussi être prêt à ne pas être d'accord, à faire une place aux différences de point de vue.
Le tout débouche sur une dernière étape qui est l'aboutissement des efforts d'attention, d'écoute, d'empathie et de validation. Éventuellement, partnership s'établit et maintient un échange confiant sur les situations et les décisions à prendre. Il s'agit de la création d'un esprit d'équipe et de coopération où ce qui compte pour l'un compte pour l'autre est pris en considération. Des ententes claires et mutuelles sont soutenues sur des objectifs précis. Si une entente est conclue elle peut être écrite sous forme de contrat pour assurer les engagements réciproques des partis.
Il est important de souligner que ces différentes étapes et niveaux de communication ne rendront pas la vie parfaite. Ils donnent une orientation générale qui vise à une meilleure coopération pour mieux faire face à la maladie mentale.
Ce livre est facile à lire. Il présente des exemples d'interaction à partir de la relation d'un médecin avec son patient. Les exemples sont réalistes. Je l'ai beaucoup apprécié pour l'information qu'il donne. Je le recommande vivement à toute personne qui est confrontée à la maladie mentale d'un proche.
N.B. Ce livre est disponible à La bibliothèque des Amis de la santé mentale. Elle est ouverte de 9h à 16h30 du lundi au vendredi. |