CONFLIT:
FAIRE COMME SI....ON S'ENTENDAIT!
Qui ne s'est pas déjà retrouvé devant l'impasse d'une mésentente ou dans une relation où, quoi qu'il soit dit ou fait, pas dit ou pas fait, il
y a discorde et tension ? Apprendre à savoir mieux y faire, est le défi de tous devant tout conflit peut importe sa nature et avec qui il est entretenu. Ce challenge, de tout temps, est humain et universel.
La communication difficile piège dans une lutte de pouvoir d'attentes, de points de vue et de positions. Si les différends se raffermissent, le conflit s'installe. On se critique... Les attitudes défensives et offensives dominent. Les émotions sont vives à se demander quel démon nous anime. Chacun cherche à faire valoir sa manière de voir. Incompris, si l'un a raison, l'autre a tort, si l'un perd, l'autre gagne. Tous finalement y perdent, car chacun se referme. La frustration et la colère, selon l'importance qu'à l'autre dans sa vie, débouchent vite sur les impressions de rupture, d'isolement, d'impuissance et un sentiment de dépression. S'adresser la parole devient quasi impossible, on rumine amère. Quand on se prend facilement en grippe, même les bonnes explications ne suffisent plus. Elles risquent d'offrir de nouvelles armes à la lutte. Le partage des griefs n'est pas nécessairement la clef de la résolution des conflits. Comment alors retrouver une communication fluide? Comment refaire un climat de confiance ?
Toute communication implique une triade : soi, l'autre et la relation. Quand celle-ci s'effondre, un vide angoissant marque le manque à gagner autant pour soi que pour l'autre. On ne peut pas se responsabiliser pour la part de l'autre à la relation en tentant de contrôler ses comportements ou ses manières de penser. On peut, cependant, contrôler mieux ce que l'on y apporte soi-même. C'est une erreur de penser que si l'autre change selon nos attentes, la relation s'en portera mieux. Au contraire, plus une relation est de bonne qualité, meilleures sont les chances qu'elle profite à notre bien-être. Ainsi, s'occuper de soi et de son apport à la qualité de la relation sont les deux seuls éléments de la triade sur lesquels on a soi-même un vrai pouvoir. Transformer l'esprit d'une relation est d'abord un choix personnel.
Pour ce faire, on peut tirer des leçons de ce qui va de soi quand une relation est harmonieuse. Les qualités d'une relation ayant un esprit sain, peuvent donner des pistes de changement.
Il s'agit de faire plus ''comme si'' on s'entendait . Ce sera pour certains trop demander s'il y a beaucoup de frustration. Si le défi apparaît presque insensé, vaut mieux s'abstenir de trop interagir, dire peu et commencer lentement à remettre du positif dans l'air. Il faut faire de son mieux, choisir ses opportunités et se donner du temps.
D'abord, il faut éliminer de notre attitude ce qui ne se voit pas dans une bonne relation. Les limites alors imposées à soi-même auront nécessairement des effets sur la relation etéventuellement sur l'autre. Ne conduisent nul part les critiques, les accusations, les justifications, les arguments que nous inspire l'esprit négatif qui prévaut. Même si à court terme, ils sont libérateurs des tensions et peuvent donner certains résultats, ils gardent des effets destructeurs à moyen ou long terme. Ils réduisent l'autre à faire selon notre volonté. Pris pour esclave, il se sentira rebelle. Les propos humiliants ou culpabilisants sont sans contredit des interdits. Face aux critiques de l'autre, on gardera son calme. On l'écoutera, sans riposte, offrant de l'empathie pour ses frustrations. S'il s'emporte, on s'éloignera expliquant que les émotions vives ne favorisent pas la communication.
Pour aller plus avant dans le ''faire comme si'' la relation était saine, il faut apprendre à communiquer ses attentes comme des demandes et non comme des exigences. Les exigences indisposent pour être ordres et injonctions closes : je veux que… je ne veux plus que... Une demande, elle, est une question ouverte : pourrais-tu…? j'aimerais que…? Elle présume de la collaboration en préservant la liberté de l'autre au refus. La demande s'accompagne des faits d'une situation, donne des informations, pour solliciter l'appui de l'autre sur la manière de résoudre un problème. Même les aspects non négociables, parce que destructeurs ou nuisibles, peuvent être présentés sous la forme d'un choix libre à faire. On en précisera alors à l'autre les conséquences prévisibles. Se séparer ou s'éloigner vaut mieux que d'entretenir une relation destructrice. Il ne faut pas craindre les réarrangements qui favoriseront le retour éventuel de l'entente.
Tant qu'on est en lien, faire plus ''comme si'' la communication était bonne est une voie d'assainissement. Sans qu'on en soit toujours conscient, une relation confiante présume toujours de :
--¥ bonne volonté - Il faut malgré le conflit présumer de la bonne volonté de l'autre qui ferait sans doute autrement si cela lui était facile. Il faut faire preuve soi-même de bonne volonté en montrant de façon consistante de l'ouverture et de la patience.
--¥ honnêteté - L'honnêteté envers l'autre débute par une honnêteté envers soi-même. Reconnaître honnêtement où se situent nos limites personnelles (matérielles, physiques et émotionnelles) et les apporter comme éléments d'information dans la communication est essentiel. Rester honnête envers soi et envers l'autre permet d'entretenir un échange clair, précise ses attentes et donne des repères fiables quant à ce que l'on peut donner. Il encouragera l'autre à faire de même, à se présenter aussi tel qu'il est.
--¥ acceptation - On accepte que l'autre, comme soi, soit ce qu'il est. On exige souvent, explicitement ou implicitement, qu'il soit un autre ayant en tête un idéal qui répondrait mieux à nos attentes. C'est souvent l'origine du combat et des culpabilisations. Il faut rester réaliste et résister à vouloir obtenir de l'autre ce qu'il ne peut donner dans ses limites. Ses vues différentes ne le rendent pas forcément incorrect. Les manières d'agir et de penser de l'autre ont un sens pour lui. Les accepter pour composer avec elles sont un pas important vers le changement de l'esprit relationnel. Puisque c'est souvent la lutte elle-même qui renforce les attitudes négatives, lâcher prise peut donner des résultats inespérés.
--¥ détachement - En lâchant prise, on saisit plus facilement que les positions de l'autre ou ses manières d'être n'ont pas nécessairement tout à voir avec soi. Ce qui aide est de ne pas y voir d'attaques personnelles. Dans une relation saine, on se sent libre d'être soi-même. Le détachement fait une plus grande place à la différence qui est une source d'enrichissement. Notre vision peut s'élargir de celle de l'autre. Cela permet de mieux s'adapter à la vie.
--¥ pardon - On pardonne par notre choix de ne pas laisser sa colère et sa frustration nuire à la relation. On utilise le pouvoir d'action de ces sentiments pour mieux se prendre en main et contrôler sa propre vie. La culpabilité incite à la réparation. L'intention de faire mieux une prochaine fois, la guérit. La honte renvoie à notre humanité. Elle incite à la compassion. Le pardon invite souvent l'autre à en faire autant.
--¥ compassion - Reconnaître les efforts que l'autre fait à sa manière permet de remplacer les accusations, les critiques et les harcèlements par leurs contraires : le soutien, la valorisation et l'estime. Voyant les forces malgré les faiblesses, les réussites malgré les erreurs, la compassion maintient le respect. Elle n'arrête pas de jugement et préserve l'innocence.
--¥ générosité - Dans une relation saine, on est généreux en laissant à l'autre assez de place pour trouver des solutions qui lui conviennent et faire des choix pour sa propre vie. Il s'agit de moins faire à la place de l'autre et plus d'accorder du temps pour faire des choses ensemble. La générosité, c'est donner d'abord de la présence et de l'écoute. L'intérêt porté à l'autre l'incite à partager ce qu'il fait et ce qu'il est. Cela confirme l'importance qu'on lui accorde comme personne. Il sera mieux disposé aux compromis nécessaires à la vie et au maintien de la bonne entente. Il sera ouvert aux demandes, sans menace de se sentir diminué en y acquiesçant. S'il y a un désaccord, les terrains d'entente feront le poids dans l'équilibre relationnel.
-- ¥ joie - Il faut éviter de réduire la relation aux différents et cultiver ce qu'elle apporte de meilleur. Quand une relation apporte de la joie, rencontrer l'autre fait plaisir et les moments passés ensemble sont chaleureux. Le sourire est un signe universel d'ouverture relationnelle… le premier qu'on apprend. En tout temps il rassure s'il est sincère. Il importe de partager du plaisir.
--¥ union - En témoignant de l'importance qu'on s'accorde, une relation harmonieuse maintient un rapport gagant-gagant. Affirmant ce qui nous unit, on se renforce. Ses vertus protectrices assurent le soutien dans le besoin. Les sentiments de confiance et de solidarité y grandissent car on y gagne en estime.
---¥ paix - Quand la communication des expériences et des émotions est fluide, quand les responsabilités apparaissent équitables et aisément négociables, la relation ne préoccupe pas. On va en paix. Encourageant l'autonomie, aucun n'est piégé à être tout pour l'autre. Elle donne le loisir de s'occuper des autres aspects de sa vie. La diversité de la vie en dehors de la relation lui donne ses limites saines et permet un ressourcement nécessaire. Sa participation à l'équilibre de la vie dans son ensemble peut être investie et bénéfique. La porté d'une relation la dépasse largement car elle s'inscrit dans une trame de relations et tout un tissu social.
Faire plus ''comme si'' la relation était aminée d'un esprit sain, c'est ce mettre dans cet esprit. C'est une prière en action pour le mieux. Les mots clef de cette éthique relationnelle sont familiers. Ils s'empruntent aux enseignements les plus anciens que l'humanité se soit donnée. Cette sagesse n'a pas à être réinventée par la psychologie actuelle. Celle-ci peut s'en inspirer et redécouvrir la valeur pratique des principes évoqués. Faire ''comme si'' on s'entendait quand on en a l'occasion peut diminuer les conflits.
Certains conflits demeurent irréconciliables et nous perdent en rupture de toute manière. Tous les efforts et les bonnes intentions auront l'air de pures illusions devant les déceptions et les deuils à faire. Au pire, si avec quelques uns de nos semblables l'intention d'une bonne entente ne suffit pas, nous pourrons aller l'esprit en paix pour avoir fait de notre mieux.
Ceci étant dit des relations conflictuelles, il va de soit qu'on a intérêt à cultiver nos bonnes relations pour en profiter pleinement. Les rapports harmonieux guérissent l'âme et allègent bien des maux que la réalité apporte. Il n'est pas nécessaire de devenir idéaliste. Entre bons amis, une dispute bien engagée est souvent l'occasion de renforcer le lien pour mieux s'en réjouir. Que serait nos relations si elles n'étaient pas soumises à quelques défis pour les approfondir ?
par Diane Grenier, Programme famille
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