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LE POINT DE VUE D'UN PARENT
LE RÔLE DU PARENT À COMBATTRE LES PRÉJUGÉS
Récemment, mon mari et moi étions invités par ma sœur à un
repas qu’elle organisait en l’honneur de la graduation
universitaire de son petit fils. J’étais un peu réticente
mais je savais qu’il serait mal vu de refuser. Alors j’ai
accepté et tenté de voir le coté positif de la chose. Je ne
pouvais toutefois m’empêcher de penser, encore une fois, à
notre propre fils, également intelligent et éveillé, avant
d’être atteint d’une maladie mentale sévère au début de sa
vie adulte.
Au cours du repas, je me suis retrouvée près de ma nièce,
la mère du gradué. Nous sommes à peu près du même âge et
amies de longue date. Mais elle demeure maintenant à
Vancouver, alors nous avions beaucoup de nouvelles à
partager. Je m’informe des projets de son fils. Elle était
bien sur très fier de ses succès universitaires, à juste
titre. Elle s’informe de ma fille mais n’exprime aucun
intérêt au sujet de mon fils. Elle sait pourtant qu’il
souffre de maladie mentale, même s’il a connu des progrès
significatifs récemment.
L’injustice de son silence est renforcée par une
conversation avec mon mari, qui me raconte que le mari de ma
nièce a évité toute conversation au sujet de notre fils. Ma
première impression est de croire que leur attitude commune
équivaut à croire que notre fils est décédé ou n’a jamais
existé. J’éprouve des sentiments de rage et de
désappointement vis à vis ma nièce et son mari, des gens
pourtant bien éduqués et intelligents. Le lendemain,
j’essaye de lui exprimer ma déception. Mais elle me répond
qu’elle ne voulait pas gâcher sa journée par des pensées
tristes. Elle avait donc décidé de ne pas aborder le sujet,
ne comprenant pas que son silence parlait fort.
J’ai immédiatement compris que cette erreur d’omission de
ma parenté, même sans méchanceté, reflète la mentalité qui
existe dans notre société en général, ce cruel préjugé
envers les personnes atteintes de maladie mentale. Des
parents d’enfants atteints de ces maladies m’ont confirmé
que ces ‘’omissions’’ de la part des autres sont une
attitude commune dont ils souffrent en silence. Je me suis
demandée s’il y avait quelque chose à faire.
Je dois ajouter que mon mari a réagi différemment que moi
au silence de ma nièce et de son mari. Lorsque ce dernier
s’est informé de notre fille, il lui a donné des nouvelles
de notre fille … et de notre fils. Il lui a parlé avec
fierté de ses progrès. Ainsi, mon mari n’a pas connu mes
sentiments de rage et n’est pas sorti malheureux de la
rencontre. Je me suis rendu compte que la façon d’agir de
mon mari était non seulement plus habile, mais qu’en plus,
elle contribuait à combattre les préjugés contre les
maladies mentales. De ma part, en restant silencieuse envers
les gens qui préfèrent ne pas parler de ces choses là, je
contribuais à perpétuer les préjugés. Comment pouvons-nous
améliorer la société si nous-mêmes par notre silence ne
faisons que renforcer les préjugés des autres.
C’est alors que j’ai décidé de transformer cette expérience
déplaisante en une expérience positive. J’ai pris la ferme
décision d’imiter le comportement de mon mari lors de
rencontres futures avec des amis ou parents. De plus,
j’aimerais convaincre les autres parents de personnes
atteintes de maladie mentale qu’il ne faut plus demeurer
silencieux!
Notre société devient plus ouverte, tolérante et
respectueuses des différences entre nous. Nous les parents
de personnes atteintes de maladie mentale avons l’obligation
de faire connaître aux autres la nature de telles maladies.
Nous devons en parler ouvertement, comme nous parlons de
maladies physiques. Nous connaissons déjà des progrès réels
en ce domaine mais nous devons continuer le travail
d’éducation à chaque occasion qui se présente. Un tel effort
collectif fera une différence. J’espère que dans un futur
rapproché, la maladie mentale sera reconnue dans une société
intelligente comme une maladie physique sérieuse qui se
développe dans le cerveau. Nous pouvons diminuer de façon
significative la souffrance de nos proches une fois que nous
aurons éradiqué la honte associée aux préjugés de la société
envers la maladie mentale.
Marilyn Conroy
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