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LA CHASSE AUX PENSÉES-PAPILLONS

Quand tout allait bien, Icare Lazure, chasseur de papillons, avait des pensées volages et légères. Elles changeaient selon ses occupations et les situations qui se présentaient à lui. Son esprit était alors ouvert, positif et souple. Il se sentait efficace dans sa vie, avec sa famille et dans son métier.

Pourtant, récemment cela avait changé. Il avait dû faire face à une période de bouleversement et de stress intense car sa fille Angèle souffrait d’une maladie mentale sévère. Les pensées d’Icare Lazure étaient souvent négatives et récurrentes. Des préoccupations et des ruminations l’habitaient. Elles s’installaient en mauvaises habitudes de l’esprit. Plusieurs lui passaient si rapidement par la tête qu’il ne jugeait jamais de leur pertinence ou de leur validité. Pourquoi d’ailleurs l’aurait-il fait, lui, un homme assez bien pensant pour avoir mené sa vie convenablement? En quoi ses pensées, elles-mêmes, lui auraient-elles présenté un problème?

À la fin d’une journée, Icare Lazure manquait d’entrain. Parfois affligé par les émotions que les pires idées avaient suscitées, il devenait dépassé, surmené, angoissé. Il voyait son assurance minée et voilà qu’il était encore moins apte à faire face aux situations. Ses problèmes, objectivement challengeants, se retrouvaient subjectivement insolubles. Même sa chère chasse aux papillons lui apparaissait à l’occasion une lourde tache.

Icare Lazure avait lu un article d'Ariane LaFleur sur les labyrinthes qu’empruntent nos habitudes psychologiques et leurs fausses impasses. Il y avait compris que les pensées négatives sont parfois des distorsions cognitives ou des présomptions dysfonctionnelles issues de croyances sans fondement. Sans doute y en avait-il qui ternissaient insidieusement ses possibilités de mieux être.

Vient à Icare Lazure l’idée de réviser son attitude. Si des idées négatives sabotaient sa confiance, il se dit qu’il pouvait peut-être les saboter en retour. Il décida d’aller à la chasse aux pensées comme on va à la chasse aux papillons. Dans sa volonté d’y regarder de plus près, son attention serait son filet pour attraper ses pensées-papillons. Les prises furent multiples. Les pensées plus optimistes et positives étaient comme des papillons de jour, gaies et inspirantes. Les négatives étaient comme les papillons de nuit lourdes et sombres, se voyant mal dans le noir...surtout quand l’on en broie. Il constata cependant que rendu à la lumière de son esprit avisé, les pensées-papillons-de-nuit se brûlaient les ailes. Il suffisait de les remettre sérieusement en question.

Icare Lazure identifia alors plusieurs espèces et variétés de pensées-papillons-de-nuit à débusquer.

D’abord, il y avait les pensées où il ne s’autorisait qu’une  seule manière de voir sans autre option. S’agissant d’opinions absolues et rigides, elles se cantonnaient dans le tout noir ou le tout blanc. Avec elles, son dialogue intérieur commençait souvent par c’est toujours... c’est jamais... il faut que... Il y avaient des pensées-papillons-de-nuit où un seul fait négatif apportait la preuve que tout allait mal ou que le pire était à craindre. De l’attitude Rien-Tout, elles surgénéralisaient et faisaient vite faussement entrevoir les mises en échecs ou les catastrophes. Une autre espèce d’idées-de-nuit se justifiaient plus par une émotion ressentie que par des faits concrets. Ainsi, Icare Lazure évalua les pensées qui véhiculaient des peurs d’avoir peur en présumant de... En réfléchissant un peu plus, il se rendait compte qu’il en irait peut-être tout autrement devant de vraies situations. Toutes les pensées contribuant à des impressions d’être sans valeur, sans ressources, qui faisaient qu’il vivait sans faire confiance à la vie ou sans qu’elle en vaille la peine, étaient à coup sûr des pensées-papillons-de-nuit. Elles feraient avantageusement l’objet d’un examen et d’une correction.

Il questionnait, il relativisait... Des faits réels supportent-ils bien cette pensée? Est-ce que je sous-estime mes capacités à trouver une solution ou de l’aide? Y a-t-il quelque chose à gagner à penser comme cela? Comment je réagirais effectivement dans cette situation? Mon émotion liée aux faits m’empêche-t-elle de voir ma capacité à composer avec eux? Est-ce que je peu voir les choses sous un autre angle? Puis-je lâcher prise? Avec mes moyens, comment puis-je agir? Est-ce que je me centre plus sur ce que les autres ne font pas que sur ce que je peux faire moi-même? L’important était de tenter d’objectiver le plus possible sa manière de voir pour devenir logique plutôt que négatif. Il se dégageait d’un danger perçu plutôt que réel. Il se débarrassait d’une culpabilité pour une situation qu’il n’avait pas voulu. Il calmait un sentiment qui l’empêchait d’avoir confiance en lui ou le faisait sentir inadéquat.

Icare Lazure s’est quelques fois fait accompagner dans sa chasse aux papillons par Ariane LaFleur. Son attitude plus réaliste ne lui permettait pas de penser tout rose en niant ses difficultés et sa peine. Mais, il pouvait mieux relever ses défis en pleine possession de ses moyens. Une fois piégées et confrontées, les pensées-papillons-de-nuit avaient beaucoup moins le pouvoir de saper son moral. Pour lui, dorénavant, il était plus aisé de leur dire: ‘’STOP! minute papillon!’’. Il reprenait sa paix et sa liberté d’esprit. Il y avait plus de place pour des idées butineuses d’activités quotidiennes et de projets, c’est-à-dire des pensées-papillons-de-jour à apprécier et à partager avec sa femme Marguerite.

Si vous rencontrez Icare Lazure durant vos escapades d’été, il pourra vous confirmer que pour garder l’esprit butineur, il fait du bien d’aller à la chasse aux papillons!

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