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PENSÉES D’UNe EX-intervenante SOCIALe
Par Sheryl Bruce, conseillère aux Amis
J’ai eu l’occasion d’apprendre beaucoup sur les diverses
maladies alors que je travaillais au centre de traitement
Ensemble. J’aimerais vous aider à comprendre la maladie du
point de vue du client. La première chose que j’ai apprise,
c’est que je devais d’abord comprendre. Pour y arriver, il
faut être capable d’éviter les préjugés et d’établir d’abord
une relation de confiance pour communiquer efficacement.
La plupart des clients souffrent. La forme ou l’intensité
des douleurs peuvent différer mais tous souffrent. La
plupart ont peur des jugements des autres, mais en même
temps, ils se jugent sévèrement eux-mêmes. Ça leur fera mal
d’entendre des réflexions comme : vraiment? c’est idiot, ce
n’est pas vrai, tu es stupide de penser cela, personne ne te
suit, voyons, le radio ne te parle pas, etc. Ce genre de
remarques démontre que vous ne comprenez pas le vécu de la
personne aimée et entraînera une méfiance de la part de la
personne déjà fragile. Toute communication devient alors
impossible. Parfois, il est réassurant de dire : je
comprends que tu crois cela mais je ne partage pas ta
réalité.
Le plus souvent, les clients se sentent incompris du reste
de la famille. Parfois, ils souffrent tellement qu’ils ne
peuvent penser aux autres. Par exemple, ceux atteints de
dépression connaissent des périodes (de plusieurs jours à
plusieurs semaines ou même des mois ou des années) ou ils
sont incapables de se laver. Ils n’ont pas l’énergie pour
compléter des gestes simples. Certains deviennent habitués à
leur senteur. Les obsessifs compulsifs peuvent prendre des
heures pour faire leur toilette. Si la famille se plaint du
temps passé dans la salle de bains ou de la grande quantité
d’eau utilisée, ils se sentent obligés de faire leur
toilette la nuit ou d’arrêter de la faire. Les plaintes de
la famille causent un stress qui amplifie le problème.
Lorsqu’une personne perd le contact avec la réalité, elle
peut encore partager ses pensées et ses craintes. La perte
de contact avec la réalité leur fait peur. Ils entendent des
voix, souffrent d’hallucinations et se sentent persécutés.
Certaines de ces expériences ne sont pas menaçantes,
d’autres sont négatives, bizarres ou douloureuses. J’ai
appris que je prends pour acquis le bon fonctionnement de
mon cerveau. D’habitude, tout marche tout seul. Il est alors
difficile pour nous de comprendre que le cerveau ne
fonctionne pas normalement chez une autre personne. J’ai
vécu une expérience fascinante alors que je reconduisais une
personne atteinte de schizophrénie. Une simple ballade en
auto lui causait un débordement de sensations. Des milliers
d’objets semblaient voler vers elle. Nous ne nous rendons
pas compte que notre cerveau filtre automatiquement les
milliers de stimuli qui nous assaillent constamment. Si ce
filtre fonctionne mal, la personne ressent de la peur, qui
se traduit par des attaques de panique et par la crainte de
sortir de la maison, l’agoraphobie. La famille voyait les
problèmes mais la solution de ne plus sortir leur semblait
illogique.
Souvent, la famille utilise la logique pour convaincre le
client, avec des résultats mitigés. Certains ne peuvent
accepter des informations blessantes. Ils peuvent alors
devenir défensifs ou s’enfoncer dans leurs idées délirantes.
Un jour, j’essais de faire comprendre à un client de se
laver avant de se présenter à une entrevue pour un emploi.
Il se présentait en personne pour des offres d’emploi mais
personne ne le rappelait, ce qui le frustrait. Il se sentait
menacé par mes conseils. Il est devenu paranoïaque; il
accusait les autres de le fixer et avait envie de faire du
mal à quelqu’un. Cette fois-ci, la logique n’a pas aidé et a
même causé des difficultés imprévisibles.
Cet exemple illustre le domaine de la pensée altérée. À
certains moments, les clients peuvent devenir frustrés avec
eux-mêmes et avec les autres, à cause de leur incapacité à
penser logiquement. Les clients avec le désordre de
personnalité limite ont de la difficulté à admettre que
leurs problèmes ne sont pas causés par les autres mais
qu’ils proviennent d’eux mêmes. Ils doivent apprendre à
vérifier leurs impressions. Il nous est difficile de
comprendre ces personnes. Elles se sentent délaissés par
leurs proches. Elles ont l’impression d’avoir un grand trou
en elles-mêmes. Elles sentent le besoin de remplir ce trou,
soit par la nourriture, le jeu ou des actions impulsives
d’amour ou de colère. Quand elles améliorent leur estime de
soi, leur trou se remplit.
Mais aussi longtemps qu’elles se mésestiment, qu’elles
haïssent leur besoins et comportements, elles auront besoin
de thérapie pour s’améliorer. La famille peut juger irréel
et exagéré leur besoin de soutien. Les distorsions
cognitives sont difficiles à expliquer à ces clients.
Comment leur dire que leurs émotions et sentiments sont
faux? Malheureusement, il en résulte des problèmes de
relations de toutes sortes. Leurs contacts familiaux et
professionnels en souffrent. La logique ne peut expliquer
qu’une personne vous aime à un moment donné et vous hait à
un autre moment. Il faut comprendre ce qui influence les
émotions de votre proche.
Franchement, il est fort difficile de comprendre des
comportements destructifs, alors que la personne ne les
comprend pas elle-même. Leur faire comprendre que leurs
comportements destructifs leur causent un tort personnel,
est le début d’un processus de guérison pour tous les types
de client. La famille peut les encourager en identifiant les
choses qui vont bien. C’est plus utile que de leur rappeler
leurs problèmes, leurs souffrances et leur besoin de
thérapie.
Les personnes atteintes de maladies mentales sont aussi
conscientes de ce qu’elles ont perdu à cause de leur
maladie. Elles ont l’impression d’avoir perdu leur avenir.
Elles se croient des personnes mauvaises qui n’ont pas droit
à une vie normale. Elles sont conscientes de leurs
inhabilités et de la perte de leurs habilités. Les gens
atteints de schizophrène peuvent constater une diminution de
leurs talents cognitifs. Les jeunes hommes voient leurs
pairs terminer l’école, trouver de bons emplois, sortir avec
des jeunes filles et débuter des familles, toutes des
activités qui leur semblent inatteignables. Dans le passé,
on interdisait aux jeunes femmes schizophrènes d’avoir des
enfants, à cause de leur médication. Il faut comprendre
leurs sentiments de rêves perdus. Chaque personne est
unique, certaines sont plus résilientes et d’autres auront
besoin de thérapie.
Nous savons maintenant que les médicaments et/ou thérapie
apportent des solutions. Mais n’oubliez pas que ces malades
se sentent souvent traités comme des rats de laboratoire sur
lesquels on essaie différentes drogues. Il leur faut vivre
avec des effets secondaires bizarres. Il faut aussi avoir le
courage d’accepter qu’un médicament ne fonctionne pas, un
autre échec à endurer. (Chaque essai de médicament prend au
moins trois mois pour ajuster le dosage). Plusieurs clients
se croient devenus résistants aux médicaments et perdent
espoir. (Essayez Ensemble) Être « malade » signifie avoir
une force intérieure solide, la capacité d’éviter les
découragements intérieurs et d’accepter les attentes de la
société. Qu’y a-t-il de mal à trouver le plaisir et à se
sentir stable? Une femme ou un homme se définissent-ils par
leur travail ou leur famille. Notre première priorité envers
les membres de notre famille est de les aider à se sentir
acceptés et aimés, afin de les rendre satisfaits d’eux-mêmes
à leur façon. Il faut les apprécier pour ce qu’ils sont et
non pas pour ce qu’ils devraient être. C’est ce que je
crois.
Translation par Claude Renaud
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